L'hopital III

Publié le par Adj

Maurice, il est revenu en France, et à peine sorti de l'avion, on le traine dans un resto polonais.

C'est très bon, et tout le monde est malade.

Maurice c'est son plus chouette anniversaire depuis longtemps.

Et en plus Maurice, il a des cadeaux : des bouquins (Jean Marc Sylvestre, quel auteur !), une épée et... un billet pour le concert de Kusturica et le No Smoking Orchestra !

Maurice, il aimait bien Kusturica, le réalisateur, mais maintenant, il aime bien aussi le musicien : le spectacle, il dépote.

Il dépote peut être même un poil trop. Maurice, en sortant, il a comme un léger sifflement dans l'oreille.

Alors Maurice, il rentre chez lui, il resort, il tourne à droite et il marche 20m. Maurice, il est à L'Hôpital Issiblec-Ornage : les urgences ORL de Paris.

Maurice est dans le hall d'accueil. Il y a là une vingtaine de personnes : policiers, un homme avec un grand chapeau, des hommes sans grand chapeau, des dames, deux adolescentes, un pompier. Tous sont assis dans leur coin. Tous font la gueule.

Maurice, il cherche... l'accueil. Il avise une feuille A4 imprimée "attente" surplombant trois sièges, tous pris.

Maurice, il regarde autour de lui, il ne semble pas y avoir d'autres "attentes".

Maurice, il s'enquiert
"Dites, vous faîtes la queue ?
- Non, on attends.
- Mais c'est bien ici pour faire la queue ?"

Haussement imperceptible d'épaules.

Maurice, il décide donc d'attendre, il sort un livre de sa poche (Jean Marc Sylvestre, quelle pensée puissante ! Encore merci Robert). Maurice, il s'adosse contre le mur.

Et ça marche!  Les trois assis se désasseyent et Maurice, il peut désormais fièrement attendre sous l'"attente".

Maurice, il reste seul une petite heure (c'est l'heure de changement de service).

Quand soudain Attila le rejoint sur le banc.

Attila, il est turc, mais il vit en France depuis 28 ans, il a un problème a l'oreille qui lui fait mal, mais parfois non, mais là cette nuit oui. Alors il a été l'hôpital près de chez lui, mais l'hôpital, il faisait pas les ORL, et on lui a dit de venir ici, du coup, il est venu ici, il a dû traverser tout Paris. Avec son oreille qui lui faisait mal. Aujourd'hui, parce que d'habitude, ça fait mal, mais moins.

Maurice, il range son livre. Attila est bien plus engageant. Et en plus, il a une petit quelquechose de la charmante innocence de celui qui découvre un monde nouveau.

"C'est qui ces connards ?
- Ce sont les pompiers.
- Et pourquoi ils passent avant nous ?
- Parce qu'ils sont prioritaires.
- Ces enculés là, c'est qui ?
- Ce sont les policiers.
- Et eux aussi ils passent avant nous ?
- Oui.
- Mais il y en a beaucoup d'autres qui passent avant nous ?
- Les ambulanciers aussi.
- C'est les pédés qui arrivent là bas ?"

Maurice, à force d'observer, il commence à bien comprendre le système, d'abord les pompiers, puis les ambulanciers en alternance avec les policiers.

En régime normal. Si un ambulancier s'énerve, il est rétrogradé derrière les autres ambulanciers.

Et parfois les policiers deviennent prioritaires par rapport aux pompiers : quand ils ramènent un énervé.

Hervé par exemple. Hervé il a trop bu alors il crie, traite le monde entier de juif, essaie de frapper un infirmier. Finalement, Hervé, il est maintenu, et calmé, chimiquement.

Maurice, il compte les ambulances, 7. Deux pompiers. Quatre flics.

Maurice, ça fait deux heures et vingt minutes qu'il est le prochain à passer.

Mais heureusement Maurice, il a la patience. Hélas, Attila, lui il l'a pas.

"Vas-y rentre dans le bureau !
- Mais non, regarde, ça commence à se vider
- C'est ton tour.
- Mais non, regarde, ça commence à se vider
- Mais t'as pas mal ?"

Maurice, il regrette pas encore son livre, mais encore une petite heure et ça va venir. Alors, Maurice, il décide de tuer la conversation.

"Pas vraiment.
- Ben pourquoi t'es là alors ?
- Euh... bhé, parce que... là j'ai pas mal, mais parfois si j'ai vachement mal
- Ah ouais, je connais ça, moi j'ai mon oreille, c'est pareil, parfois j'ai mal, parfois non. Alors cette fois, j'ai décidé d'aller à l'hôpital, mais on m'a dit..."

Une infirmière, Jeanne, passe la tête.

Attila, tel le puma d'Anatolie, il bondit
"C'est à nous madame ! Ca fait deux heures qu'on attend !
- Oui, juste après la dame là
- La grosse vache dans le fauteuil roulant ?"

Jeanne ne répond pas, mais c'est bien de Roselyne qu'elle parlait. Roselyne elle est arrivée avec les pompiers et elle n'a pas l'air bien.

Enfin, c'est au tour de Maurice de faire son admission, Attila lui glisse un ultime conseil:
"Dis lui que c'est une pute !
- Hein ?
- L'infirmière. Dis lui que c'est une pute."

Maurice, on lui pose une dizaine de questions, on lui demande sa carte de mutuelle, on lui dit que ce sera ça sera pris en charge, et on le renvoie attendre.

Attila se fait lui aussi admettre. D'après ce qu'entends Maurice, il ne suit pas son propre conseil.

Finalement, on vient chercher Roselyne et Maurice.

On s'occupe d'abord de Roselyne : elle a été admise en premier. Maurice attend dans le couloir. Il capte quelques bribes.

"Non, non, il est dans l'oesophage.
- Vous êtes sûre ? Parce que chaque fois que je déglutie, ça me fait mal.
- C'est normal, madame, le cornichon est coincé, et il va descendre tout seul, il y a rien à faire.
- Vous êtes sûre ?"

"Vous êtes sûre ? Il est pas dans les poumons ?"

"Vous êtes sûre ? Et si je bois beaucoup d'eau ?"

"Vous êtes sûre ? Je risque pas de m'étouffer"

Maurice, il jette un oeil à sa montre. 3h15 qu'il est là.

La porte s'ouvre.
"C'est à vous"

Publié dans Maurice

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D
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R
Sympa comme style d'écriture ;) Ca fait très Amélie Poulain mais... sans Amélie on garde que les Poulains.Sympa ! En tous cas !Rom
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