Un samedi trop rempli.

Publié le par Adj

7H15 ce samedi matin, Maurice se réveille, il est crevé. Il n'a clairement pas assez dormi cette semaine. Il essaie de se rendormir, mais n'y arrive pas.

7H55, de guerre lasse Maurice se lève, va faire un tour au coin cuisine. Le pain est bon à jeter, le frigo est définitivement vide, y a rien plus rien à manger.

Corned beef ? Non.

Maurice se lave, sort, va à la boulangerie, revient avec une baguette. Il casse deux barres de chocolat, met à fondre avec du lait. Mélange vigoureusement, verse sur du pain.

C'est assez copieux et vraiment pas mauvais.

Bon, c'est pas tout, mais aujourd'hui Maurice il a un programme chargé.

Joseph, le pas président mais presque, le tanne depuis un moment pour venir à la permanence de l'association du samedi matin. Pour une fois Maurice est là le weekend, il décide d'y aller .

L'assoce s'occupe de litiges entre des consommateurs et des entreprises.

Joseph lui fait signe de s'installer à côté de lui. A cause de ses récentes avances, Maurice est assez frileux. Maurice finit par accepter.

Maurice voit alors défiler toute sortes de gens, des gens dont il soupçonnait à peine l'existence.

Marie par exemple, dont la facture téléphonique indique des coups de fils aux quatre coins du monde.
"Mais ça pourrait être un de vos amis qui appelle pendant qu'il est chez vous.
- IMPOSSIBLE !
- pourquoi ?
- J'ai pas d'ami, j'en veux pas, j'aime pas ça. Je veux juste qu'on me laisse tranquille !"

Ou Geneviève, 23 ans, journaliste. Lorsqu'elle a un service à demander, Geneviève penche la tête sur son épaule, laisse pendre sa longue chevelure auburn et découvre sa gorge.

Joseph, il est homo et syndicaliste depuis 30 ans alors c'est pas vraiment le genre d'attitude qui le touche particulièrement.

12h25, les consultations se terminent. Maurice se lève, il a un important coup de téléphone à passer. Elle accepte. 15H30, Fondation Cartier.

12H33, les consultations sont terminées. Francis propose d'aller manger ensemble. Maurice accepte, ça permettra de mieux faire connaissance.

13H15, après avoir rangé les affaires, Francis, Joseph et Maurice arrivent au restaurant, du côté d'Anvers.

13H42, on passe commande. Tout le monde opte pour une formule.

14H05, entrée.

14H43, Maurice commence à regarder sa montre avec anxieté.

14H55, Francis agite son dernier morceau de part de tarte. Il va le bouffer oui !

Maurice s'excuse, il part à marche forcée vers gare du nord. Maurice rate le RER de 30s.

Sur le quai il fait les 100 pas. Maurice a horreur d'être en retard. Surtout aujourd'hui.

15H29, Maurice est à Denfert.

15H35, Fondation Cartier, elle est déjà là.

Un malheureux article dans télérama, et voilà qu'on se masse devant l'expo. Cela ne gêne pas Maurice, il peut discuter avec elle.

Depuis qu'il la connaît, Maurice se sent proche d'elle. Elle fait partie des rares personnes en présence de qui Maurice se sent instantanément bien.

L'expo se divise en deux parties, une bien et une moins bien où l'on peut voir des anchois numériques frétiller.

Il y a la queue pour les anchois. Tant pis pour eux. Maurice et elle s'en vont.

Ils arrivent devant la station Raspail. Elle propose :
"Métro, ou on marche à pied ?
- En général quand je marche, je préferre le faire à pied."

La promenade les mène jusqu'à la station Rennes, là ils bifurquent. Direction St Germain, puis le musée de la monnaie, ils passent la Seine, arrivent au Louvre, se promènent dans la cour, c'est joli le Louvres à la nuit tombante. Rivoli, Beaubourg, République, Canal St Martin.

Maurice il a fait de la randonnée, ça le gêne pas de marcher. Et puis il est si bien. Comme à son habitude, il parle peu.

Elle, elle est toujours enjouée.

Ils se décident finalement à s'installer dans un bar.

Là, encore Maurice est bien. Le silence ne lui est pas pesant, mais il sent que l'inverse n'est pas vrai. Alors il parle. Mais fatigué, encore entravé de restes de timidité, il parle, il parle pour ne rien dire, il parle de tout ce qui lui passe par la tête, il parle se ce qui n'est pas et n'aurait pas lieu d'être, il parle sans sens aucun. Maurice raconte de n'importe quoi.

Alors Maurice change de méthode, pose des questions mais finit par tomber dans l'indiscrétion. Maurice se fait gentiment rabrouer :
"Attends, tu veux visiter mon appartement ?"

Maurice manque de répondant et n'en a que trop conscience. Il sent qu'il gâche un moment qui aurait pu être fantastique. Il le sait tant qu'il n'a plus aucune honte à l'avouer.

Le repas est terminé, elle regarde vers la porte, Maurice a compris.

"On y va ?
- oui"

Dehors, ils marchent, la conversation se réanime, mais déjà ils arrivent à la station de métro, signe de la séparation. Un plan est affiché.

Elle le regarde longuement.

"Qu'est-ce que tu cherches ?
- J'essaie de voir où l'on est."

Parfois Maurice est vil.

"Je pense qu'on est au niveau du gros point rouge "vous êtes ici", juste là".

Elle, elle est repartie à pieds, Maurice lui est dans la station, le coeur en doute. Il se repasse le film de sa journée. Que d'actions manquées. Mais soudain le calme se fait en lui.

Il sait.

Il sait que la prochaine fois qu'il la verra, même si elle n'esquisse qu'un demi-sourire, il sera heureux.
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Publié dans Maurice

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