Le Parti

Publié le par Adj

Ce soir c'est un grand soir pour Maurice. Il s'inscrit dans un parti politique. Il assiste à sa première AG, celle de sa section locale.

Il y en a une tous les mois. La dernière était en novembre.

"Bienvenue Camarade !"

Maurice, il est surpris.

La salle est disposée en simili-hémicycle. Face à elle trone Alphonse le secrétaire de section et quelqu'un, ou plutôt quelqu'une, Rogetta.

Maurice il la connaît pas et comme elle parle pas fort, il en saura pas plus.

L'ordre du jour c'est l'éducation et la lutte contre les discriminations.

On distribue des contributions. 40 pages.

On aurait dû les recevoir avant les réunions, mais il y a eu un retard malheureux.

Alphonse demande si des gens ont envie de faire des commentaires sur les contributions.

Jean-Jacques demande la parole.

Jean-Jacques, il est contre le fait que Georges, le député du coin, présent dans la salle, ait annoncé dans la presse son souhait de se représenter. Alors pendant un long exposé, il va expliquer que même s'il y a reconnaissance, il est bon de changer. Rapport aux discriminations des minoritaires.

Jean-Jacques, il est issu d'un courant minoritaire.

Après c'est Daniel qui prend la parole. Daniel il est contre le fait que Jean-Jacques il ait pu parler aussi longtemps, et pour lui c'est la faute à Alphonse qui ne devrait pas cumuler la charge de secrètaire et celle de président de séance.

Daniel, c'est un courant minoritaire à lui tout seul.

Après les militants prennent chacun leur tour la parole pour expliquer pourquoi les AG ça va pas.

"A ce moment de la réunion, tu adhéres ?"

C'est Germain, le voisin de Maurice. Germain, il a une bonne bouille.

"Ben je suis venu pour ça donc oui, mais c'est vrai que c'est pas exactement ce à quoi je m'attendais. C'est souvent comme ça ?
- c'est toujours comme ça.
- ah."

Martine elle sait qu'il y a un ordre du jour et elle recentre le débat. D'un coup c'est un peu plus intéressant.

Mais Henriette, qui parle juste après elle, préfére taper sur la direction de la cellule.

Justine, elle en a marre. Justine, 24 ans, militante depuis un an.
"Moi je tiens à vous faire part de mon accablement, de l'accablement que je ressens quand je vois ce qu'est ce parti. Quand j'ai reçu le programme du parti en 2002, c'était nul, alors je me suis dit, je vais adhérer pour essayer de faire changer les choses parce que c'est trop facile de critiquer quand on fait rien ! Et puis on va à une réunion, à une deuxième, et à chaque fois c'est la même chose, c'est les petites allusions [...] Et là, on parle du fond, et il faut qu'il y en ai qui d'entrée, prenne 20 minutes pour plomber l'ambiance ! J'en ai marre !"

Justine elle vit ce qu'elle dit. D'ailleurs, elle a les larmes qui lui monte aux yeux.

Jean Jacques, il est pas content, il se sent insulté et il demande des excuses.

La réunion reprend, Arthur, prend une deuxième fois la parole, 30s, pour un éclaircissement.

Alors Daniel s'insurge, de nouveau. Cette fois contre le fonctionnement non démocratique de la cellule qui permet à certains de s'exprimer deux fois au cours de la même réunion. Daniel, il exige d'avoir une deuxième fois la parole.

Maurice il en profite pour aller payer son adhésion, il passe devant Justine. Justine elle a les yeux encore un peu rougis.

Maurice, il lui souffle un bravo. Justine pousse ses jambes. Elle a entendu "pardon".

Dehors, Maurice remplit sa fiche, avec Bernard le trésorier.
"Et là je met quoi ?
- T'as demandé à adhérer quand ?
- En novembre.
- Ah. Ben, met janvier alors.
- Ok, voilà. C'est rempli.
- Alors tu vois camarade, tu paies ta cotisation et moi je fais des croix sur ma feuille pour les mois payés.
- C'est bien, mais je préférais que ça se termine fin janvier 2007 plutot que fin décembre 2006.
- Pourquoi ? T'as adhéré en janvier non ?"

La rhétorique des hommes de gauche a toujours été très subtile.

Quand Maurice revient Alphonse est encore en train de baffouiller.

"Dis Germain, il l'a eu comment son poste de secrétaire ?
- C'est l'homme lige de Georges."

La réunion se termine. Alphonse explique que pour lui, c'est tout à fait normal que Georges, après le bon travail qu'il a fourni solicite de nouveau la confiance de ses camarades.

Alors c'est Georges qui prend enfin la parole.

Georges, Il parle du front populaire, il parle du Conseil National de la Résistance, il parle de 1981. Georges, il ne parle pas à Maurice.
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Publié dans Maurice

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