Dans le six-deux, méfie-te !

Publié le par Adj

Le Pas-de-Calais, c'est le petit frère du 59 et on le regarde toujours avec condescendance.

Sans vraiment de raison, certes les gens y sont généralement bêtes et laids, peu sympathiques, peu éduqués, pas très drôles, radins, méchants... mais bon ils viennent du Pas-de-Calais aussi, c'est pas de leur faute.

Et ce weekend, Maurice, il va chez ses cousins du Pas-de-Calais. Attention, du Pas-de-Calais proche s'entend, c'est quand même pas des Picards (la Picardie, c'est la petite soeur du Pas-de-Calais !)

Quand on prend l'autoroute A1 de Lille vers Paris, et que l'on rate la sortie pour Seclin, on est obligé de prendre une étrange bretelle qui mène à une non moins étrange cité minière : Carvin.

C'est là que réside la famille de papa Legrand : sa tante, la famille de son cousin et la famille de sa cousine.

Le cousin et la cousine (qui sont frères et soeur donc) sont brouillés. Grâce à la tante, qui peut ainsi régner sur sa progéniture.

Sont donc présents Babayaga, la tante, Maria, la cousine, Jerzy (prononcé Yégé), le mari de la cousine, Agnès et Théodore, leurs enfants.

Tous d'ascendance polonaise. On n'est pas dans la région des mines pour rien.

Jerzy, il était électricien chez Alcan (ancien Péchiney) mais avec les restructurations ils ne produisent presque plus rien sur place. Après avoir fait quelques audits de sécurité, il est maintenant chargé de l'expédition des pièces détachés.

Les pièces elles arrivent à l'usine, elles sont reconditionnées, expédiées en Pologne (par camion), assemblées en partie là bas, réexpédiées en France (par camion), finalement assemblées en un utlime mécano.

"Moi je trouve ça génial ! Nous à l'école, les gens ils paient des fortunes pour des masters de sécurité, il y a une demande énorme ! T'as enrichi ton CV, c'est positif."
Agnès.

Agnès elle est en deuxième année d'école de chimie, loin, dans le sud de la France. Elle a bien changé depuis la dernière fois. Elle a gagné en confiance en soi, elle s'est épanouïe, ça fait plaisir à voir. Elle commence à avoir des idées sur tout, la parole agile et le regard qui brille.

"La dernière fois, j'étais dans le train qui revenait de Paris, et il y avait une dame qui ne parlait qu'anglais et qui avait un problème. Elle avait un plan de Paris et elle montrait Montparnasse en agitant un ticket de métro. Il a fallu que je lui explique qu'elle était à Lille. Et après je l'ai emmené au point information de la gare. J'étais contente, j'avais tenu presque un quart de conversation en anglais. J'étais contente."

Maman Legrand intervient.

"Et toi Maurice, t'aides les gens ?
- Et comment ! Pas plus tard que ce vendredi, en rentrant, le contrôleur passe une annonce : on arrive à Aulnoye. Là un mec, à trois sièges de moi, se redresse. Il me demande où on est. J'y dis Aulnoye. Y m'dit "merde, j'devais descendre à St Quentin!". J'y réponds "ben... c'est balot" "

La discussion dérive sur Théodore. Théodore il est en terminale S, et ses notes ont chuté. Pas la moyenne en math.

Ca fait lever les yeux de Maman Legrand au ciel. Elle met alors en marche sa terrible dialectique.
"Si t'y arrives pas, c'est parce que t'es nul ou que t'es feignant ?"

Maurice, ça lui rappelle des souvenirs. Et à cet instant, il faut bien avouer que bien content il est le Maurice d'avoir fini ses études.

Pendant ce temps, on mange, c'est Jerzy qui a fait la cuisine.

Jerzy, c'est l'homme le plus gentil que Maurice connaisse, toujours doux, drôle, et attentif à grandir ceux avec qui il discute.

C'est très bon. Même Maurice qui d'habitude est plutôt difficile mange de tout. En plus Jerzy il applique les recettes Weigth Watchers que Maman Legrand lui a donné.

On arrive au dessert. Deux gateaux, l'un au chocolat, l'autre au fromage blanc.

On commence par celui au chocolat, d'un noir impecable.

Maurice, croque dans sa part, surpris, il lève un sourcil. Pas de sucre. Weight Watchers. C'est bon quand même, mais le décalage est important.

"Ah, toi non plus t'aimes pas ?"

C'est Agnès qui a surpris sa réaction.

"T'aimes pas ? Moi je trouve ça bon."

C'est Maman Legrand qui s'étonne.

"Qu'est-ce qui passe ?"

C'est Jerzy qui veut se mettre au courant.

"C'est Maurice qu'aime pas"

C'est Maria qui, à sa façon inimitable, clot le débat.

Jerzy se renfrogne, Maurice est désolé.

Mais Jerzy se remet vite. Et on attaque le deuxième gateau. Il y a une étrange couche marron au fond.

"Ca vous devinerez jamais ce que c'est !"

Maurice goute.

"Cannelle ? cassonade ?
- non, non"

Effectivement personne ne trouve.

"C'était des speculoos broyés ! Ca permet d'empêcher l'humidité d'aller dans la pâte."

Dehors, la nuit est tombée, il est temps de rentrer. D'autant qu'on a annoncé de la neige.
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Publié dans Maurice

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